jeudi 8 février 2018

Le rouge vif de la rhubarbe


La petite Ágústína, à son habitude, est descendue seule sur la plage à l’aide de ses béquilles et la force de ses bras pour méditer sur l’inconstance de la vie. Il y a longtemps que sa mère, universitaire émérite partie explorer les espèces migratoires aux antipodes, l’a confiée à la bonne Nína, experte en confitures de rhubarbe, boudins au sang de mouton et autres délices. Avec pour père de substitution épisodique Vermandur le bricoleur au grand cœur, celui-là même qui vit accoucher en catastrophe la mère célibataire d’Ágústína sur la banquette arrière de sa vieille automobile. 
Happée par son monde intérieur, Ágústína fait bonne figure, se mêle volontiers aux activités puériles ou têtues des adultes, subit avec une dignité de chat la promiscuité désobligeante des collégiens, chante d’une voix de séraphin dans un orchestre amateur et se découvre ange ou sirène sous le regard amoureux d’un garçon de son âge. Mais Ágústína fomente elle aussi un grand voyage : l’ascension de la Montagne, l’élévation qui lui donnera assez de cœur au ventre pour accepter sa destinée…




C'est un début de rentrée littéraire qui s'annonce sympathique. Le rouge vif de la rhubarbe nous entraine directement dans un coin perdu de cette merveilleuse Islande où des personnages atypiques vivent leurs vies au gré des éléments entre ciel et terre, entre culture de la rhubarbe et confiture, entre départ et absence.

"Le vent du nord qui s'engouffre dans le fjord fait des ricochets sur les crêtes blanches des vagues. Si l'astre rouge de l'hiver perce les nuages, on peut être sûr qu'il va rouler sur la neige verglacée et disparaître derrière la montagne au moment même où Agustina sortira de l'école pour rentrer chez elle".

Ce que j'ai particulièrement apprécié dans cette lecture est l'effet de douceur due à la plume de l'auteure qui parvient à rendre des conditions climatiques rudes de l'Islande en un paysage onirique et poétique. le tout agrémenté de personnages aux tranches de vie solitaire, mais jamais seuls. Agustina, Nina, Vermundur, Salomon chacun fait face et s'adapte à ses conditions de vie, à ses questionnements entre le froid et la neige, entre envie de départ et isolement.

"En fin de matinée, le jour commence tout juste à bleuir à la fenêtre; vers midi, il s'ouvre brièvement dans le noir comme un drap bleu ciel.Après, c'est de nouveau la nuit continue.

Elle avait promis à maintes reprises de ne pas descendre seule traîner sur le ponton. Avec ses béquilles, elle risquait de trébucher sur les déchets de poisson et de tomber dans la mer. 
— Le ressac t’emportera, lui disait Nína. 
Personne n’aurait pu imaginer qu’au lieu du ponton, Ágústína mettrait le cap sur sa plage privée. C’est qu’elle est du genre téméraire. À la voir crapahuter avec ses béquilles, on aurait pu croire le contraire. Pendant ce temps-là, Nína épluchait les pommes de terre sans se douter de rien."

Le style est fluide et le roman se lit vite. Ce fut pour moi, une lecture particulièrement reposante et ça, ce fut fort appréciable. Même si au fond, je n'aime toujours pas la rhubarbe.  

Le rouge vif de la rhubarbe. - Audur Ava Olafsdottir - Edition Zulma - 155 pages - 2016 - ISBN : 978-2843047565 - 17,50 €


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